DATA ANALYSE
2/4/2025
data analysePhoto de Assia El Omari
Assia El Omari
Chef de projet Marketing

Data Analyst vs Data Scientist : comment les distinguer ?

Avec l’explosion des données générées par les entreprises — transactions, parcours clients, capteurs IoT, interactions sur les réseaux sociaux, etc. — il est devenu indispensable de disposer de professionnels capables d’en extraire de la valeur. Cette abondance de données, aussi riche soit-elle, ne sert à rien sans les bons outils et les bonnes compétences pour l’interpréter et l’exploiter de manière pertinente.

Dans ce contexte, les métiers de la data ont gagné en visibilité, et deux rôles en particulier sont devenus incontournables : le Data Analyst et le Data Scientist. Pourtant, malgré leur importance croissante, ces deux fonctions sont encore souvent confondues.

Cette confusion s’explique en partie par les outils et les savoir-faire qu’ils partagent : langage SQL, visualisation de données, manipulation de bases de données, ou encore utilisation d’outils statistiques. Ils évoluent parfois au sein des mêmes équipes et travaillent sur des données similaires. Mais leurs missions, objectifs et niveaux de technicité sont bien différents.

Le Data Analyst se concentre sur l’analyse descriptive et opérationnelle : il cherche à comprendre ce qu’il s’est passé et pourquoi. Le Data Scientist, lui, travaille davantage sur l’anticipation et la modélisation, avec des approches prédictives ou des algorithmes plus complexes. Deux visions complémentaires, mais à ne pas confondre.

Deux métiers, deux approches de la donnée

L’un interprète les données pour éclairer les décisions à court terme, l’autre conçoit des modèles pour anticiper les comportements futurs. Cette distinction est au cœur de la différence entre un Data Analyst et un Data Scientist. Le premier apporte des réponses immédiates aux questions opérationnelles, le second tente de projeter l’entreprise dans l’avenir à l’aide d’algorithmes prédictifs.

Le Data Analyst : l’expert de la compréhension immédiate

Le Data Analyst est chargé d’exploiter les données déjà disponibles pour répondre à des problématiques concrètes. Il travaille essentiellement sur des données structurées, souvent issues de systèmes internes comme des ERP, des CRM ou des outils marketing. Son rôle : rendre ces données intelligibles, exploitables et directement utiles aux équipes métier.

Il intervient le plus souvent sur des missions ponctuelles, liées à des besoins très opérationnels. Par exemple : comprendre une baisse de chiffre d’affaires, identifier les clients les plus rentables, mesurer la performance d’une campagne ou optimiser un processus existant. Ses analyses alimentent directement la prise de décision à court terme.

Au quotidien, ses missions incluent :

  • L’extraction des données pertinentes depuis des bases relationnelles, à l’aide de langages comme SQL ou d’outils comme Google BigQuery, Snowflake ou Redshift.
  • La préparation des données, ce qui implique de les nettoyer, de les structurer, de corriger les incohérences ou les valeurs manquantes, afin de garantir leur qualité.
  • La réalisation d’analyses descriptives, telles que le calcul de moyennes, médianes, écarts-types, taux d’évolution ou encore la recherche de corrélations simples.
  • La création de dashboards dynamiques et interactifs, en s’appuyant sur des outils de visualisation comme Power BI, Tableau, Looker ou Google Data Studio. Ces tableaux de bord permettent aux utilisateurs de suivre leurs KPIs en temps réel.
  • La communication des résultats, en les traduisant en recommandations claires, compréhensibles par les équipes métier, même non techniques. Le Data Analyst doit savoir raconter une histoire à partir des données.

C’est donc un profil à la fois technique et orienté métier, capable de faire le lien entre la donnée brute et les enjeux concrets de l’entreprise.

Le Data Scientist : le spécialiste des modèles prédictifs

À la différence du Data Analyst, le Data Scientist agit à un niveau plus exploratoire et prospectif. Son rôle est d’aller au-delà de la simple description des phénomènes passés pour concevoir des modèles capables de prédire, détecter ou classer des comportements futurs. Il travaille sur des données souvent plus volumineuses, plus variées (texte, image, données issues de capteurs…) et parfois non structurées.

L’objectif principal du Data Scientist est de concevoir des modèles algorithmiques permettant d’automatiser certaines analyses ou de faire émerger des insights qu’un humain ne pourrait pas détecter seul. Il est mobilisé sur des cas d’usage complexes, comme :

  • La prédiction du churn (probabilité qu’un client résilie son contrat) ;
  • La détection d’anomalies dans des données transactionnelles ou industrielles ;
  • La recommandation de produits personnalisés sur la base des comportements passés ;
  • La segmentation avancée de clients, en fonction de variables multiples et non évidentes.

Ses missions typiques incluent :

  • La construction de jeux de données d’entraînement, en sélectionnant les bonnes variables, en labellisant les données (si besoin), et en équilibrant les échantillons pour garantir la robustesse du modèle.
  • L’application d’algorithmes de machine learning, qu’ils soient supervisés (régression, arbres de décision, forêts aléatoires, gradient boosting…) ou non supervisés (k-means, clustering hiérarchique, réduction de dimensions…).
  • L’évaluation de la performance des modèles, à l’aide de métriques comme la précision, le rappel, le F1-score, l’AUC ou encore la courbe ROC, pour s’assurer de leur fiabilité sur des données nouvelles.
  • Le déploiement des modèles en production, via des scripts automatisés, des API ou des plateformes MLOps, afin qu’ils puissent être intégrés dans des outils utilisés par les métiers ou les clients finaux.
  • La collaboration étroite avec les Data Engineers, pour assurer la disponibilité, la qualité et la mise à jour continue des données utilisées dans les modèles.
  • La restitution des résultats aux équipes métier, avec une capacité à vulgariser des notions complexes et à expliquer concrètement ce que le modèle apporte comme valeur (et ses limites).

Le Data Scientist jongle donc entre rigueur scientifique, développement technique et sens métier. C’est un profil hybride, qui demande à la fois de la créativité, une bonne compréhension des enjeux business et une solide culture mathématique.

Des compétences techniques communes, mais des niveaux de spécialisation différents

Qu’ils soient Data Analyst ou Data Scientist, ces deux professionnels partagent un socle technique commun. Tous deux doivent comprendre le fonctionnement des bases de données, manipuler des volumes de données plus ou moins importants, coder dans des langages adaptés à la data, et surtout, être capables de relier leurs analyses aux problématiques métier. Ce lien avec le terrain est fondamental : les données ne valent rien si elles ne répondent pas à une question réelle ou ne permettent pas de prendre une décision.

Mais malgré ces points communs, le niveau de technicité attendu et la profondeur des compétences diffèrent fortement. Là où le Data Analyst excelle dans l’analyse descriptive et la restitution claire, le Data Scientist se spécialise dans la modélisation, la prédiction et l’automatisation de traitements complexes. Leurs outils se croisent parfois, mais leurs usages et leurs attentes ne sont pas les mêmes.

Les outils et compétences typiques du Data Analyst :

  • SQL : langage incontournable pour extraire, filtrer, agréger et croiser des données à partir de bases relationnelles. Le Data Analyst doit savoir formuler des requêtes efficaces et optimisées.
  • Excel : bien que parfois considéré comme basique, Excel reste un outil précieux pour tester rapidement des hypothèses, faire des calculs simples ou préparer des jeux de données.
  • Outils de dataviz : Power BI, Tableau, Looker, Google Data Studio… Ces plateformes permettent de créer des tableaux de bord interactifs, adaptés aux utilisateurs métier, et de mettre en forme les données de manière visuelle.
  • Python ou R (niveau analytique) : pour aller plus loin dans certaines analyses statistiques ou manipulations complexes, notamment avec des bibliothèques comme Pandas, Matplotlib ou seaborn.

  • Statistiques descriptives : moyenne, médiane, écart-type, corrélations, distributions… Le Data Analyst doit être à l’aise avec les indicateurs de base pour interpréter correctement les données.
  • Sens métier : il ne s’agit pas seulement de produire des chiffres, mais de les contextualiser. Le Data Analyst doit comprendre les enjeux business pour formuler des recommandations pertinentes.

Les compétences techniques avancées du Data Scientist 

Le Data Scientist reprend la plupart des compétences du Data Analyst, mais les pousse beaucoup plus loin, en y ajoutant des briques technologiques et mathématiques plus complexes.

  • Algorithmes de machine learning : régressions linéaires et logistiques, arbres de décision, forêts aléatoires, gradient boosting (XGBoost, LightGBM), réseaux de neurones, modèles non supervisés (k-means, PCA, t-SNE…). Il doit savoir les sélectionner, les entraîner, les évaluer et les optimiser.
  • Frameworks de data science : scikit-learn pour les modèles classiques, TensorFlow et PyTorch pour les réseaux de neurones profonds, XGBoost pour les modèles performants sur données tabulaires. Ces outils exigent une bonne maîtrise de la programmation.
  • Mathématiques appliquées : au-delà des statistiques descriptives, le Data Scientist doit connaître les bases de l’algèbre linéaire, des probabilités, de l’optimisation et parfois du calcul différentiel pour comprendre le fonctionnement des modèles qu’il utilise.
  • Traitement de gros volumes de données : en environnement Big Data, il peut utiliser Spark, Hadoop, Dask ou d’autres outils distribués pour gérer des datasets trop lourds pour la mémoire d’un ordinateur classique.
  • Compétences en ingénierie logicielle : écrire du code modulaire, propre, testé, versionné (Git), parfois industrialisé via des notebooks reproductibles ou des scripts packagés.
  • Notions de déploiement : savoir mettre en production un modèle via des APIs (FastAPI, Flask), utiliser des conteneurs (Docker), orchestrer des workflows (Airflow), et parfois exploiter des environnements cloud (AWS SageMaker, GCP Vertex AI, Azure ML).

En résumé, le Data Analyst se positionne comme un expert de la clarté et de l’explication, quand le Data Scientist est un architecte de la complexité et de la projection. L’un n’est pas plus important que l’autre : ils répondent simplement à des besoins différents, à différents moments du cycle de vie des données.

Des formations différentes selon les ambitions

Le chemin pour devenir Data Analyst est généralement plus direct et plus court, bien qu’il exige une solide rigueur méthodologique, une bonne maîtrise des outils, et surtout une capacité à comprendre les problématiques métier. Les profils qui occupent ce type de poste viennent souvent de formations variées : statistiques appliquées, économie quantitative, informatique décisionnelle, gestion, marketing, ou encore finance. Ce qui compte avant tout, c’est leur aptitude à manipuler des données de manière fiable, à en extraire des insights utiles, et à les restituer clairement.

Devenir Data Scientist demande en revanche un parcours généralement plus long, plus technique, et plus académique. Ce sont souvent des diplômés d’écoles d’ingénieurs, de masters spécialisés en data science, en intelligence artificielle, ou en mathématiques appliquées. Certains viennent aussi du monde de la recherche, avec des doctorats en physique, en statistiques ou en informatique. Ce niveau d’exigence s’explique par la complexité des méthodes à maîtriser : machine learning, modélisation probabiliste, réseaux de neurones, optimisation, etc.

Cela dit, les lignes bougent. Et dans les deux cas, le diplôme n’est plus le seul passeport vers une carrière dans la data. De plus en plus :

  • Les bootcamps et formations intensives (en présentiel ou en ligne) offrent des parcours accélérés, professionnalisants et très orientés “projets”. Ils permettent à des profils en reconversion ou à des autodidactes de se former rapidement à des outils concrets, souvent avec l’accompagnement de mentors.
  • L’expérience projet prime souvent sur le diplôme. Avoir construit un tableau de bord pertinent, mené une étude de données de bout en bout, ou entraîné un modèle sur un cas réel est parfois plus valorisé qu’un parcours académique linéaire.
  • Les recruteurs recherchent avant tout des compétences opérationnelles : savoir résoudre un problème métier avec des données, être à l’aise avec les outils, communiquer ses résultats, et s’adapter à des contextes variés. Les connaissances théoriques sont utiles, mais elles doivent être mobilisables dans des situations concrètes.

Que l’on vise un poste de Data Analyst ou de Data Scientist, le plus important est d’être capable de prouver sa valeur en conditions réelles. La formation est une porte d’entrée, mais c’est la pratique — qu’elle soit professionnelle, personnelle ou associative — qui fait la différence sur le terrain.

Une différence qui se voit aussi dans les perspectives salariales

La différence de technicité entre Data Analyst et Data Scientist se reflète naturellement dans les niveaux de rémunération. En règle générale, les Data Scientists bénéficient de salaires plus élevés, notamment en raison de la complexité des compétences requises — modélisation avancée, machine learning, mathématiques appliquées, développement logiciel…

Cela dit, les écarts sont souvent plus modestes en début de carrière. Un jeune diplômé Data Analyst ou Data Scientist pourra prétendre à des salaires proches, surtout dans les petites structures ou en dehors des grandes métropoles. La rémunération dépend aussi fortement du secteur d’activité, de la taille de l’entreprise, du niveau d’études, mais aussi de la localisation géographique. Un Data Analyst dans une scale-up parisienne peut parfois gagner autant, voire plus, qu’un Data Scientist débutant dans une grande entreprise classique.

La vraie différence se joue dans le temps. Les trajectoires d’évolution ne sont pas les mêmes, et ce sont elles qui influencent le plus la progression salariale.

Du côté du Data Analyst :

  • Il peut évoluer vers des postes de Senior Data Analyst ou de Product Analyst, avec des responsabilités élargies et un rôle plus stratégique dans la compréhension des usages.
  • Certains choisissent de se spécialiser dans un domaine métier (marketing, finance, opérations) ou technique (BI, modélisation statistique, automatisation).
  • Il peut aussi bifurquer vers un rôle d’Analytics Engineer, un profil hybride à l’interface entre les analystes et les ingénieurs data, chargé d’industrialiser les flux de données et de garantir la fiabilité des sources.
  • À plus long terme, il peut accéder à des postes de manager de l’équipe data ou de Data Product Owner, en lien direct avec les métiers.

Du côté du Data Scientist :

  • Le parcours classique mène vers des postes de Lead Data Scientist, avec un rôle de supervision technique et de pilotage de projets algorithmiques.
  • Ensuite, il peut évoluer vers des fonctions de Head of Data Science, ou de Chief Data Officer, avec une dimension stratégique et managériale plus marquée.
  • Certains Data Scientists choisissent aussi de s’orienter vers des rôles transverses comme AI Product Manager ou MLOps Engineer, pour rapprocher les modèles de l’usage opérationnel.

En somme, les deux métiers offrent de belles perspectives, dans un marché de la data qui reste très dynamique et en forte tension. La clé n’est pas tant le métier de départ, mais la capacité à apprendre en continu, à s’adapter aux évolutions technologiques et à faire le lien entre la technique et les besoins métier.

Bien choisir son rôle dans l’univers data

S’il fallait résumer la différence entre les deux rôles en une seule phrase : le Data Analyst rend les données compréhensibles, le Data Scientist les rend intelligentes.

Mais dans un monde où les données se multiplient de manière exponentielle, où chaque interaction, chaque capteur, chaque transaction génère de nouveaux flux d’information, l’enjeu n’est pas seulement de collecter des données — mais de les exploiter intelligemment. Et pour cela, il faut toute une chaîne de compétences complémentaires.

Que vous choisissiez la voie de l’analyse ou celle de la science des données, les deux métiers sont indispensables à la transformation des organisations : l’un pour éclairer les décisions quotidiennes, l’autre pour ouvrir de nouvelles perspectives et automatiser la prise de décision à grande échelle.

Et si vous hésitez encore entre les deux ? Posez-vous une question simple : quel type de problème préférez-vous résoudre ?

  • Aimez-vous créer des rapports, des visualisations, répondre à des questions concrètes des équipes, et voir directement l’impact de votre travail ? Vous vous rapprochez alors du rôle de Data Analyst.

  • Ou préférez-vous plonger dans les algorithmes, concevoir des modèles qui apprennent, tester des hypothèses, explorer des approches prédictives ou génératives ? Vous êtes sans doute plus attiré par le métier de Data Scientist.

Dans tous les cas, les deux chemins sont valables. L’essentiel, c’est de choisir celui qui correspond à votre appétence pour la technique, à votre proximité avec les enjeux métier, et à votre envie de faire parler les données comme un véritable levier d’action.

Rond violet avec fleche vers le haut